C’est décidé, je plaque tout

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Cet article n’a pas été rédigé par moi mais par l’une de mes amies, partie vivre l’aventure en Australie.

« J’en ai marre de cette routine qui me tue à petit feu, j’aimerais tout plaquer et aller à l’autre bout du monde ! »

Qui ne s’est jamais fait cette réflexion au moins une fois dans sa vie ? Un job angoissant, une famille oppressante, une rupture désastreuse… toutes ces petites choses du quotidien cumulées qui donnent envie de se tirer une balle ou alors de se tirer tout court.

Sarah fait partie de ces gens qui ont voulu aller chercher le bonheur autrement. Mais si le bonheur n’était pas le but du voyage mais tout simplement une autre façon de voyager ?

Sarah, c’est une fille comme ça.

Sarah, elle est pas compliquée. Un matin comme tous les autres. Sarah a dormi 3h cette nuit ; elle est rentrée la vieille de Bratislava… ou Londres … ou était-ce New-York ? Elle ne sait plus trop.

L’événement qu’elle préparait depuis des mois pour son client est enfin passé. Après quelques discussions polies, plusieurs coupes de champagne, d’échanges d’adresses mails venant se rajouter à son carnet de contacts surchargé et de multiples coups de fil passés entre traiteurs, régisseurs et intervenants, Sarah a gagné le droit de rentrer dormir quelques heures avant d’être de nouveau d’attaque le lendemain à 7h au bureau.

Un brief d’un nouveau client à développer : « quelque chose de fun sans être extraverti, luxueux sans être exubérant, qui donne envie, dynamique, audacieux, innovant, original en restant quand même sur quelque chose de modeste et classique » pour des cadres sup sexagénaires, le tout avec un budget aussi réduit que les 4 chiffres qui composent son salaire à la fin du mois. Bref, du gâteau.

Le stress commence à peser sur chaque vertèbre qui compose sa colonne vertébrale. Sa crampe au mollet ? 10h debout à accueillir les clients sur un Salon à Berlin. Ses douleurs lombaires ? Des allers-retours en talon haut lors d’un cocktail privé à Munich. Son torticolis ? 3h dans un avion Paris-Sofia.

Sur son téléphone, 8 appels en absence et une douzaine de textos. Ses amis veulent la voir ; une nouvelle notification Facebook apparaît –  « Tiens c’est vrai, c’est bientôt l’anniversaire de Julie », elle checke son agenda, soupire : « Gala – Madrid« , ferme à demi les yeux en cochant « Ne participera pas« . Mais pas le temps de s’y attarder, Janine et Michel l’attendent de pied ferme pour lui commander un nouveau tableau Excel budgété dont elle à le secret.

Dans le métro, une pub Air BnB, elle lit « Le voyage est un retour vers l’essentiel ». Par réflexe elle se demande quel est le crétin qui a bien pu écrire ça.

A la station suivante elle cogite toujours. Ses amis font encore un apéro ce soir mais elle, elle ne rêve que de rentrer se coucher et rattraper ses heures de sommeil. Elle sent que sa vie défile aussi vite que ces rames de métro, les arrêts se font de plus en plus courts, elle n’a pas le temps de lire la station que c’est déjà la prochaine. Depuis quand n’a-t-elle pas pris soin d’elle ?

Elle a mal au crâne.

Arrivée au travail, elle file dans le bureau de son supérieur. Il est content d’elle, elle est consciencieuse, déterminée, réactive, il lui propose un CDI . Elle réfléchit. La routine s’est installée – métro, boulot, dodo (si peu !). « Un retour vers l’essentiel… »

Elle ne veut pas s’endormir là-dedans, pas maintenant, pas cette-fois. Elle est libre, bordel ! Pas de maison, de mari, de chien, de carte de crédit ….rien ne l’a retient ! Le lendemain, elle pose sa démission. Aventure, tiens toi prête, me voilà !

Direction l’Australie.

Un autre monde pour elle, les gens marchent à deux à l’heure, les enfants sont pieds nus, les fermiers élèvent des crapauds dans les toilettes et les femmes secouent leurs maris bourrés dans les trains pour leur piquer leur carte de crédit.

Ils mangent de la vegemite, une pate collante brun foncé qui sent un mélange de nutella périmé et de fond de veau. Elle ramasse des noix de macadamia dans des champs humides et pleure devant ses pauvres kangourous ignares qui s’amusent dans les champs isolés et déprimants du bush profond de l’Australie.

Sarah, je l’ai rencontrée à Paris, je l’ai découverte en Australie. Le genre de fille à ne pas pouvoir s’arrêter 30 secondes, le genre de fille qui déteste ne rien faire – écouter le cui-cui des oiseaux, le bruit des cascades dans l’eau ? – Pocahontas, très peu pour elle. Ca va 5 minutes, après il faut reprendre une activité normale, quoi.

Et pourtant, le jour où vous n’êtes pas dans votre assiette, le jour où vous avez besoin de parler 1h (ok, 1 semaine) de vos problèmes de couples « à la Dallas » , de cette famille Australienne où un enfant de 2 ans vous donne des ordres ; elle est là. Tout à coup, fini les tableaux Excel, les dîners mondains et le rush qui maintiennent son quotidien.

Ce bruit des escarpins qui font clac clac à toute vitesse dans les couloirs du métro arrivent jusqu’à vous, virevoltent sur un tapis et la voici assise devant vous, un verre de vin dans la main, prête à vous écouter pendant des heures et vous donner ses conseil éclairés.

J’ai été une Sarah une fois, prête à me lever tôt, aimer mon travail, avoir des idées à foison pour satisfaire mon client, mettre des escarpins qui font mal au pied et courir les aéroports pour des meetings prestigieux. Un jour, tout comme elle, j’ai décidé de tout quitter et de partir à l’aventure.

Depuis cet article, Sarah est rentrée en France, a trouvé un travail dans lequel elle est plus épanouie et entreprend des projets personnels qui ne lui font plus peur, ne lui donnent plus envie de fuir . Sarah, elle m’a appris qu’on ne voyage pas pour voyager mais pour avoir voyagé. Sarah, elle a compris que voyager ne sert pas à changer de lieux mais tout simplement à changer d’idées – « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.« 

Pas la peine de voyager loin ni longtemps pour se rendre compte de ce qui est le plus important pour vous. Famille, amis, âme-sœur… font parti de ce quotidien si routinier que l’on aime autant fuir que retrouver. Sans eux, le voyage ne peut être complet. Le plus grand pas n’est pas celui qui nous pousse à partir mais celui qui nous fait comprendre pourquoi l’on revient.

Sarah, elle m’a surtout appris que l’on peut avoir les plus beaux paysages devant les yeux, ils resteront incomplets si ils ne sont pas partagés avec ceux qu’on aime.

Voilà, Sarah c’est une fille comme ça.

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2 réponses à “C’est décidé, je plaque tout

  1. Mais quelle déclaration d’amitié !
    Elodie a également une sacrée plume, et Sarah peut être très fière d’elle !
    Merci d’avoir partagé ce texte ma geekette, c’est beau !

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